Prise de parole des Habitants qui résistent lors de l’ouverture d’une maison au Liminbout – octobre 2012

Ami.e.s dʼici,
Ami.e.s dʼailleurs,

Beaucoup parmi vous connaissent ces lieux. Pour celles et ceux qui habitent ici, légalement ou illégalement, tout est familier :

Les voisins avec qui lʼon partage des moments de fête et dʼéchanges, de lutte et de résistance.

Les jardins que lʼon bichonne, les fermes rythmées par les horaires de la traite, les chemins dans lesquels on se perd pour cueillir mûres et champignons…

Dʼautres parmi vous viennent peut-être ici pour la première fois. Parce que même sʼils nʼont jamais parcouru ces champs et ces bois, même sʼils nʼont pas un souvenir dans chaque pierre, dans chaque arbre, à chaque croisée des chemins : ils nʼacceptent pas que
tout cela soit détruit ! En reprenant cette maison vide aujourdʼhui, malgré le risque que la gendarmerie nous en chasse, nous voulons passer ce message :

La lutte continue, nous ne tomberons ni dans le piège de la répression qui veut nous rendre impuissants, ni dans celui de la négociation avec Vinci qui veut faire de nous des accompagnateurs du projet, des complices de notre malheur.

Ils ont les moyens de faire de cette zone un désert. Ils sont en train de transformer les hameaux en villages fantôme, ils rêvent dʼun bocage avec des haies en plastique et des grillages de métal, dʼune terre ou la brume est remplacée par les gaz dʼéchappement des
avions, où les perles de rosée ne glissent plus le long des toiles dʼaraignées mais sur des panneaux solaires du toit dʼun aéroport.

Nous avons toujours dit : un territoire se défend par celles et ceux qui lʼhabitent, mais pas seulement. Dʼici comme dʼailleurs, nous sommes venus montrer à ceux qui nous chassent que nous pouvons ensemble nous dresser contre leur logique comptable et
destructive, par notre discours et par nos actes, même sʼil faut pour cela enfreindre leurs lois.

Alors que Vinci et lʼétat socialiste déploie tout une machinerie infernale pour broyer celles et ceux qui ont décidé de rester et refuser de coopérer,

Alors que lʼon croise avec tristesse le chemin de celles et ceux qui nous ont accueilli au départ et sʼen sont allés,

Alors que les maisons, les terres et les fermes de la zone se vident et que le départ de chaque habitant marque lʼarrivée de nouveaux vigiles et un accroissement du flicage de la zone,

Nous sommes ici pour dire : nous ne partirons pas, il nʼy a rien à négocier, mais tout à prendre ou tout à perdre !

Ils auront beau nous harceler, nous expulser un à un, nous traîner encore et encore devant les tribunaux, nous continuons de lutter… même si le combat est inégal, même si la résistance semble vaine.
A la veille des expulsions, il nous reste encore une marge de manœuvre : habitons les lieux. Nous devons repeupler la zone à mesure quʼelle se vide pour soutenir celles et ceux qui refusent de partir. Pour empêcher par notre présence lʼavancée de projet. Pour hurler notre refus de lʼabsurde et poser ensemble des gestes de résistance et comme le disait Günther Anders :

« Le courage ? Je ne sais rien du courage. Il est à peine nécessaire à mon action. La consolation? Je nʼen ai pas encore besoin. Dʼespoir, je ne peux vous répondre quʼune chose. Par principe, connais pas. Mon principe est : Sʼil existe la moindre chance, aussi infime soit-elle, de pouvoir contribuer à quelque chose en intervenant dans cette situation épouvantable dans laquelle nous
sommes miss, Alors il faut le faire »

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