Lettre ouverte à Cécile Duflot (de la part de quelques habitants qui résistent, menacé par AGO d’être expulsés) – printemps 2012

Madame la Ministre de l’égalité des territoires et du logement,

Nous sommes un couple d’habitants de Notre Dame des Landes (44) menacé d’expulsion par AGO (Aéroports Grand Ouest). Un huissier est passé le 11 juin 2012 me sommer de quitter ma maison sans délai et m’assigner en justice au tribunal de Saint Nazaire le mardi 19 juin. C’est une procédure expéditive au mépris des accords politiques issus de la grève de la faim menée par les opposants. Le hameau dans lequel nous vivons depuis 15 ans est voué au bétonnage selon les plans de l’Etat et de la multinationale Vinci. Le projet : détruire 1700 hectares de bocage pour y construire un aéroport en expropriant et en expulsant les habitants. En plus d’alimenter la course effrénée vers la catastrophe écologique au nom du « progrès » et de la « compétitivité », ce sont surtout des vies que le système broie dans son absurde logique de profit. Notre vie, celle de notre famille, de nos voisins, de nos proches, de ceux qui avec nous habitent ce petit bout de terre, y vivent et le font vivre.

Habiter quelque part ce n’est pas payer un loyer ou détenir un titre de propriété, c’est bien plus. C’est vivre dans un endroit où se nouent des complicités et des amitiés, où se forgent des souvenirs familiaux, où se tissent des solidarités. C’est y cultiver son jardin et y soigner ses bêtes, c’est y partager de joyeux apéros et de succulents repas avec ses amis. Habiter quelque part, c’est y construire sa vie, et cela n’a pas de prix. Nous ne partirons pas contre un chèque comme d’autres l’ont fait où s’apprêtent à le faire. Notre vie n’est pas à vendre pour augmenter les dividendes de Vinci.

AGO répond à la résistance par le harcèlement. Coups de fils incessants, lettres, pressions psychologiques… Il y a des encravatés qui ne reculent devant aucune souffrance humaine pour leur prime de fin de mois. Certains habitants craquent : angoisse, dépression, etc… Nous ça nous donne la rage pour rester digne et
résister jusqu’au bout. Après des années au turbin, à payer un loyer pour me façonner un « chez nous », nous sommes forcés de constater que la propriété privée n’est sacrée que lorsque le pouvoir défend les multinationales et les gros propriétaires fonciers. Elle ne vaut plus rien dès lors qu’il s’agit de la propriété
d’usage des habitants. Notre histoire c’est celle du pot de terre contre le pot de fer, d’un cuistot et de sa famille qui vivent avec 1 400 euros par mois contre la multinationale Vinci qui a fait 37 milliards d’euros de bénéfice en 2011.

Madame la Ministre, nous ne vous écrivont pas pour obtenir un relogement. Nous préférons encore notre maison déclarée « vétuste » par AGO que vos apparts aseptisés et sans vie qui ne fournissent même pas l’espace nécessaire pour auto-produire une partie de ma nourriture. Pour nous qui habitons le bocage
l’opposition à l’aéroport n’est pas une posture, c’est de l’autodéfense élémentaire… En août 2010, lors de l’Université d’été des Verts, vous fanfaronniez : « je le dis les yeux dans les yeux, l’accord de 2012 avec le PS, s’ils ne lâchent pas sur Notre Dame des Landes, ce sera non. » Vos pitoyables mensonges démontrent
qu’entre les convictions écologiques et sociales sur lesquelles vous brodez à longueur de discours et l’attrait malsain des ors du pouvoir, vous avez choisi.

Nous ne sommes pas de ceux qui se laissent berner par vos promesses électorales et vos campagnes attrape nigauds. Nous ne sommes pas de ceux qui par leur naïvetedeviennent le paillasson sur lequel vous essuyez négligemment vos escarpins de luxe pour gagner le confort douillet des salons ministériels.

Nous avons vu au niveau local les verts qui faisaient soit disant campagne contre l’aéroport manger piteusement dans la gamelle que leur tendait l’exécutif socialiste. Nous vous voyons aujourd’hui, dégoulinante de fierté, poser sur la photo officielle du gouvernement de J.M. Ayrault, maire de Nantes, principal porteur du projet. Alors nous repensons à vous, lorsque vous étiez venue à la Vacherit, planter un arbre au tractopelle dans une mise en scène ridicule pour affirmer votre opposition et celle de votre parti au projet d’aéroport…

Lors de votre discours d’investiture, vous déclariez : « ’’Ce qui se fait sans nous, ce fait contre nous’’ disait Nelson Mandela. Avec modestie je le paraphrase pour dire que ce qui se fait pour les habitants sans les habitants se fait le plus souvent contre eux. » Vous aurez beau nous jeter de la poudre aux yeux avec vos
enquêtes publiques bidons, nous endormir avec votre discours pour cadre sup dont l’engagement écolo se résume à acheter du bio en magasin spécialisé et dépenser en une heure de course ce que je gagne en une semaine de boulot… nous ne sommes pas dupes. Maintenant que vous avez le cul vissé sur un siège de
ministre, vous ne pouvez qu’être contre nous.

Madame la ministre de l’égalité des territoires et du logement, comme vos prédécesseurs vous serez la ministre des expulsions locatives et de la compétition entre les territoires. Votre présence au gouvernement c’est comme un label bio sur un produit importé par avion d’Amérique du sud : une minable escroquerie, celle
du capitalisme « vert » ou « à visage humain ». Le gouvernement auquel vous appartenez continuera de broyer des vies, d’expulser des habitants pour construire au bénéfice de Vinci, Bouygues, Eiffage ou Areva des infrastructures destructrices en déportant les populations qui s’y opposent. Il continuera d’expulser des
personnes qui ne peuvent plus payer leur loyer parce que leurs vies valent moins que les profits des agences immobilières. Et vous, Madame la Ministre, vous continuerez de mentir à la télé, à la radio, dans vos programmes et sur les tribunes…

Si nous vous écrivons madame la ministre, c’est pour vous rappeler que sur le terrain, il y a des habitants qui résistent et qui s’organisent, des occupants venus les soutenir en cultivant illégalement les terres d’AGO. Que ceux là, ne partirons pas et ne signerons rien. Que par la construction d’un rapport de force local, sur le terrain, nous vous empêcherons de construire cet aéroport. Prenez garde madame la ministre, car face à ceux qui luttent et qui resteront quoi qu’il arrive, il faudra choisir son camp. Celui des camions de gendarmes mobiles ou celui des opposants défendant le bocage, celui de Jean Marc Ayrault ou celui des habitants.
Oserez vous de nouveau prendre position publiquement contre l’aéroport ? Vous opposerez vous fermement à toute expulsion pour ce projet absurde ? Prendrez vous parti pour notre famille ou vous rangerez vous du coté de Vinci ?

Dans l’attente d’une réponse,
Claude et Christiane Herbin André

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