Appel à solidarité avec la famille Herbin, habitants expulsables du village du Liminbout, ZAD de Notre-Dame-des-Landes

Depuis 1996, la famille Herbin habite au village du Liminbout à Notre-Dame-des-Landes. Peu après leur arrivée, le projet d’aéroport est relancé. Depuis, cette famille vit au quotidien sous la menace d’une possible expulsion, comme tous les habitants de la ZAD…

Planant sur le bocage depuis 1974, cette menace s’est progressivement précisée :
harcèlement d’AGO-Vinci pour tenter de convaincre les habitants et les paysans de quitter les lieux, rachat forcé ou négocié de terres et de maisons, avalanche de convocations, de reports et de procès, visites à répétition, menaces par courrier… L’aéroport, ce n’est pas
qu’un bocage remarquable sacrifié pour une infrastructure nuisible. C’est un territoire que les décideurs entendent vider de ses habitants, les arrachant à leurs amis, à leur souvenirs
nichés dans chaque arbre, chaque champ, à chaque croisée de chemin…

« Un territoire se défend avec ceux qui l’habitent, chacun sait q’un territoire vidé de sa population est facile à conquérir. »

Dès les prémices du projet, en réponse à cette volonté farouche des aménageurs de faire du bocage un désert, un mouvement de lutte s’est construit au fil des années. Ce mouvement inédit, qui a su jusqu’à présent les tenir en échec, est le fruit d’une multiplicité de pratiques et d’imaginaires politiques (résistance paysanne et naturalistes en lutte, squatteurs et élus locaux, recours juridiques et manifestations, occupation des maisons et des terres de la zone, autodéfense face aux tentatives de travaux et d’expulsion sur le terrain…).

La famille Herbin a toujours refusé de collaborer avec AGO-Vinci et a pris pleinement part à ce mouvement. Elle fut de ces «habitants qui résistent» qui, dès le 1 mai 2008, au village du Liminbout, appelèrent publiquement à occuper le terrain pour enrayer le projet d’aéroport. Dès le début du mouvement d’occupation, elle tissa de denses liens d’amitié avec une partie de ces nouveaux habitants. De cette rencontre sont nés les Q de plomb, qui érigent en art de vivre et de lutter l’organisation de banquets pantagruéliques mitonnés avec les produits du potager et de la basse cour. C’est sans conteste par ces grandes tablées joyeuses et hétéroclytes, autour desquelles se retrouve le mouvement dans toute sa diversité, que la famille Herbin a marqué de sa pâte la lutte contre l’aéroport. Elle fut également de tous ceux qui s’opposèrent aux forages, aux enquêtes
publiques, aux géomètres. Elle fut enfin de tous ceux qui dans cette lutte portèrent haut et fort le «ni ici, ni ailleurs ! » par la rencontres avec d’autres mouvements (voyage à la rencontre des habitants d’Heathrow, participation au convoi vers le procès de la ferme des milles vaches).

La menace de vider la ZAD de ses habitants a culminé avec l’opération César en 2012, lorsqu’une armada de gendarmes mobiles et de CRS mène une vague d’expulsion d’une ampleur inédite, détruisant une dizaine de maisons à coup de bulldozers. Opération qui fut suivie de plusieurs mois d’occupation militaire du bocage, avec des check points permanents et contrôle systématique de tous les habitants. Depuis, face à notre résistance déterminée, le bocage n’a plus vu l’ombre d’une pelleteuse où d’un peloton de
gendarmes mobiles. Pourtant, malgré cette résistance acharnée du mouvement, lamenace d’une expulsion continue de peser sur les habitants de la ZAD. Ces deux dernières années, il ne s’est pas passé six mois sans que la famille Herbin ne reçoive une convocation où ne comparaisse au tribunal dans le cadre de procédures d’expulsion. Au terme de ce marathon judiciaire, rythmé de coups de théâtre et de rassemblements festifs à Saint Nazaire, le tribunal s’est enfin prononcé. Sans surprise, il a déclaré la famille Herbin «occupant sans droit ni titre » de la maison qu’elle habite. Ce jugement lui intime de quitter les lieux sous dix-huit mois sous peine d’une expulsion manu militari.

« Décideurs, vous n’êtes pas sortis de l’auberge ! »

En réponse à ce jugement, une fête fut organisée le jour du rendu du procès. Elle rassembla plus de 250 personnes et fut l’occasion d’annoncer un grand chantier public de rénovation des dépendances du Liminbout pour y construire une auberge et une grande salle de banquet ! Ce chantier porté et assumé par le mouvement de lutte commencera le 10 aout, tandis que les travaux de l’aéroport, eux, restent au point mort…

Rénover collectivement les dépendances de la maison du Liminbout, c’est affirmer que nous nous projetons dans l’avenir, que nous resterons vivre ici coûte que coûte, quoi qu’en dise les juges. C’est rappeler que nous sommes prêts à défendre corps et âme la maison du Liminbout et ses habitants, comme nous avons défendu la zone lors de l’opération César. La famille Herbin n’est pas un cas isolé. Tant que le projet d’aéroport n’est pas définitivement enterré, être expulsables un jour ou l’autre est le lot commun de tous les habitants de la ZAD. Une dizaine de familles d’habitants de longue date, ainsi qu’une soixantaine de lieux squattés vivent sous la même menace. D’où la nécessité de ne
pas laisser la famille Herbin isolée face à ce rendu.

Le rendu de St Nazaire, en plus de planifier l’expulsion des Herbin, cherchant à les arracher de tout ce qui fit leur vie ces vingt dernières années, réclame à ce couple ordinaire, un cuistot et une caissière, plus de 5 000 euros d’arriérés de loyer. En effet, la
famile Herbin s’était acquittée de son loyer jusqu’à ce que la propriétaire des lieux ne vende son bien à AGO-VINCI en le déclarant vide de tout occupant par le biais d’un faux en écriture. A compter de ce jour, elle a cessé de régler son loyer à ceux-là même qui planifiaient son expulsion imminente, dans l’attente de négociation d’un bail précaire par l’intermédiaire de son avocat. AGO-VINCI a mis un terme à cette négociation en trainant la
famille Herbin devant les tribunaux. Les arriérés de loyer réclamés par le rendu correspondent à cette période.

5 000 euros qu’est-ce que cela représente pour une multinationale qui a réalisée un chiffre d’affaire de de 40,3 milliard d’euros en 2013 ? Arracher les habitants à leur territoire, ne lui suffit pas, elle entend bien pinailler sur le moindre centime. Car c’est en
faisant preuve d’une extrême rapacité qu’il est possible d’engranger de tels bénéfices.
Vinci, c’est la multinationale à laquelle l’Etat a bradé le réseau d’autoroutes pour une bouchée de pain et qui saigne aujourd’hui les automobilistes au péage. Vinci, c’est la multinationale qui exploite les mines d’uranium du Niger et bâtit des fortunes sur la mort d’ouvriers sous payés. Vinci c’est la multinationale qui, même en cas d’abandon du projet d’aéroport, entend toucher de l’Etat, et donc du contribuable, des sommes colossales «en dédommagement». Et comment fait-elle pour bénéficier de contrats si avantageux ? Il lui suffit d’acheter un préfet, comme elle le fit avec XXXX, ancien préfet de Loire-Atlantique, signataire de la Déclaration d’Utilité Publique du projet d’aéroport grand ouest.

Ce rapport à l’argent, fondé sur l’exploitation, la concurence, l’accumulation, nous le connaissons bien, c’est la routine du capitalisme. Dans le mouvement de lutte contre l’aéroport, c’est un autre rapport à l’argent qui se déploie : caisses de solidarités, prix
libre, multiples formes d’entraide et de partage. C’est cette solidarité qui permet de soutenir les victimes de la répression, financer des recours juridiques ou des activités agricoles sur la zone, et bien d’autres choses encore.

Aujourd’hui, nous avons besoin d’argent pour soutenir la famille Herbin. D’argent pour financer le chantier de rénovation et pour payer collectivement la somme réclamée par AGO-VINCI. C’est pourquoi nous lançons un appel à don. Nous ne roulons pas sur les milliards, mais nous sommes infiniment plus nombreux, et surtout plus généreux et solidaires. Nous entendons le démontrer en organisant, une fois la somme réunie, une grande marche pour aller payer ensemble l’argent réclamée par AGO-VINCI à la famille
Herbin. Parce qu’une communauté de lutte ne laisse pas les siens payer seuls. Parce que nous entendons bien profiter du moment du paiement pour dénoncer haut et fort à quel prix cette multinationale engrange les bénéfices ! Nous comptons sur votre solidarité…

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14 mai 2015 : Fête de village du Liminbout

Nous sommes en 2015 après Jésus-Christ. Tout le territoire est occupée par lʼEmpire et sa
métropole. Chaque parcelle de lʼespace est exploitée, aménagée…Tout le territoire ? Non ! Car un bocage peuplé dʼirréductibles habitants, paysans et squatteurs résiste encore et toujours à lʼenvahisseur. Et la vie nʼest pas facile pour les garnisons de gendarmes retranchées dans les camps de Blain, Sautron, St-Etienne de Montluc, Savenay et Châteaubriant.

Depuis lʼéchec cuisant de lʼopération César qui vit les forces impériales sʼembourber dans
la boue du bocage ; la ZAD est plus vivante que jamais. Les chantiers et cultures
collectives battent leur plein, les habitants imaginent un avenir sans aéroport et organisent
la solidarité avec dʼautres irréductibles en lutte contre lʼEmpire et ses infrastructures.

Mais César nʼa pas dit son dernier mot. Si les gendarmes craignent de pénétrer dans le
bocage, le harcèlement judiciaire des habitants se poursuit. Dernier procès dʼexpulsion en
date, celui de la famille Herbin qui vit au village du Liminbout. Après des années de
procédures suspendues puis relancées, le rendu du 13 mai permettra enfin de savoir si la
famile Herbin va être déclarée (ou non) expulsable de sa propre maison, et dans quel
délai.

Si César entend revenir pour expulser cette famille ou dʼautres habitants, il se heurtera à
une résistance encore plus farouche que lors de sa précédente tentative. Pour afficher
notre commune détermination à résister, pour se tenir aux cotés de la famille Herbin dans
cette épreuve, nous organisons une grande fête de village le 14 mai au Liminbout. Parce
quʼici comme ailleurs, tout finit toujours par un banquet !

Ce banquet sera lʼoccasion dʼannoncer un chantier collectif de rénovation de la grange du
Liminbout, car quoi quʼen dise la justice arbitraire de César, nous ne partirons pas ! Les
travaux de construction de lʼaéroport ne commenceront jamais ! En revanche, les travaux
collectifs de construction et de reconstruction par les opposants et occupants battent déjà
leur plein et vont sʼaccélérer cet été avec la venue dʼune scierie mobile sur la zone et le
chantier de rénovation au Liminbout. Pour symboliser le lancement des travaux anti-
aéroport sur la ZAD, et participer à cette initiative, nous vous invitons à ramener le jour de
la fête des matériaux de construction qui pourront servir au chantier (ciment, sable,
gravier, chaux, bois pour bardage ou plancher…)

Alors, vous aussi, le 14 mai, à partir de 12h au village du Liminbout, venez trinquer en
lʼhonneur de la déroute de César et à la gloire de ce bocage qui résiste ! Alea jacta est.

Les Q de plombs, soutenus par : ACIPA, ADECA, COPAIN, et des occupants de la ZAD…

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